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Les Pesticides

Les Pesticides

À partir du 17/12/2013

Biocoop Bois-Colombes
En consommant des produits issus de l’agriculture biologique, on refuse (entre autres) l’usage des pesticides de synthèse. Tout d’abord parce qu’ils ont une incidence néfaste sur notre santé.
Mais, malgré le fait qu’on entende beaucoup parler, savons-nous vraiment ce qu’est un pesticide ? Savons-nous quelles conséquences son usage immodéré produit-il sur l’environnement ?
Quelles sont les alternatives possibles qui existent de nos jours ?
La brève étude ci-jointe tente de faire le tour de la question des pesticides en exposant les connaissances actuelles que l’on a en la matière.

par Ludovic, responsable du rayon Fruits & Légumes
Qu’est-ce que c’est ?

Dans le cadre de l’agriculture, un pesticide (encore nommé produit phytosanitaire) est une substance chimique naturelle ou synthétique, isolée ou fabriquée par l’homme dans le but de détruire les diverses espèces vivantes (végétales, animales ou microbiennes) qui se développent en causant des dommages à la production agricole. Les pesticides commercialisés sont composés d’une ou plusieurs matières actives auxquelles on a ajouté d’autres substances (diluants, surfactants, adjuvants, synergisants…) afin d’améliorer leur efficacité et de faciliter leur emploi.

Il en existe principalement trois catégories :
- contre les insectes : les insecticides [dont les organochlorés (tels que le DDT par exemple, ils sont issus de l’industrie du chlore et sont interdits en France depuis de nombreuses années du fait de leur haute toxicité et de leur persistance, mais existent toujours à l’état de traces dans l’environnement), les organophosphorés (tels que le dichlorvos et le dianizon), les pyrèthrinoïdes de synthèse (dont la composition chimique se rapproche de celle de la Pyrèthre de Dalmatie, plante aux propriétés insecticides) et quelques autres (tels que les sulfones et les carbamates…)]

- contre les adventices (communément nommées « mauvaises herbes ») : les herbicides [il en existe de très nombreuses familles, dont les benzonitriles, les sulfonurées, les triazines (avec l’atrazine notamment)… etc. Le plus vendu et le plus célèbre d’entre eux est le glyphosate, connu sous le nom de Roundup]

- contre les champignons pathogènes et les moisissures : les fongicides [on trouve, parmi les plus anciens fongicides utilisés, la bouillie bordelaise et le soufre, largement supplantés de nos jours par les fongicides de synthèse dont il existe de nombreuses familles (dérivés du phénol, quinones, amines, triazoles… tels que le captane ou le manèbe]

En dehors de ces trois grands types, on utilise une multitude de pesticides divers tels que les molluscicides (contre les limaces), les rodenticides (contre les rongeurs), les nématicides (contre les nématodes, petits vers dont certains sont parasites de plantes cultivés), les corvicides (contre les corvidés, famille d’oiseaux regroupant les corbeaux, les corneilles, les pies…), les fumigants (pour « désinfecter » le sol), les acaricides (contre les acariens), les taupicides (contre les taupes)… etc.


Un peu d’histoire

La lutte chimique en agriculture existe depuis des millénaires : l'usage du soufre remonte à la Grèce antique (1000 ans avant J.-C.) et l'arsenic est recommandé par Pline (naturaliste romain) pour son usage en tant qu’insecticide. Des plantes, connues pour leurs propriétés toxiques, ont été utilisées comme pesticides (par exemple : les aconits au Moyen Âge, contre les rongeurs). Les produits à base d’arsenic ou de plomb étaient utilisés au XVIe siècle en Chine et en Europe. Les propriétés insecticides du tabac étaient connues dès 1690. En Inde, les jardiniers utilisaient les racines de Derris et de Lonchocarpus (dont on extrait la roténone) comme insecticide et leur usage s'est répandu en Europe vers 1900.
La chimie minérale s'est développée au XIXe siècle, fournissant de nombreux pesticides minéraux à base de sels de cuivre. Les fongicides à base de sulfate de cuivre se répandirent, et en particulier la fameuse bouillie bordelaise (mélange de sulfate de cuivre et de chaux) pour lutter contre les invasions fongiques de la vigne et de la pomme de terre (mildiou notamment), non sans séquelles de pollution sur les sols (le cuivre ne se dégrade pas). Des sels mercuriels sont employés au début du XXe siècle pour le traitement des semences.

Au cours de la première guerre mondiale, le chlore et d’autres gaz chlorés, à l’image du tristement célèbre gaz moutarde, furent utilisés comme arme chimique. L’effort de développement de ces armes chimiques a alors mis en évidence les propriétés insecticides de certains de ces composés chlorés. Ainsi, durant la seconde guerre mondiale, les propriétés insecticides du DDT (synthétisé en 1874) furent utilisés sur l’homme pour contrer des épidémies de typhus (en tuant les poux porteurs du virus) ou encore de paludisme (en tuant les moustiques infectés). Les premiers pesticides de synthèse venaient de voir le jour avec les insecticides organochlorés.

Un demi-siècle et quelques controverses plus tard, 440 substances actives sont autorisées en France (ce qui en fait le deuxième pays d’Europe en la matière, juste derrière l’Espagne). De plus, en 2008, la France était le quatrième consommateur mondial de pesticides derrière les Etats-Unis, le Japon et le Brésil (les Français en consomment à peu près 80000 tonnes par an, soit environ un tiers de la consommation annuelle européenne).
Durant cette période, quelques pesticides ont été interdits d’usage et retirés du marché suite à leur impact négatif avéré ou supposé sur l’environnement : le DDT (interdit à travers le monde durant les années 70 principalement), le gaucho (interdit en France en 1999), l’atrazine (interdite en France en 2001)…
Il est à noter qu’actuellement seule une poignée de multinationales monopolisent le marché des produits phytosanitaires (BASF, Bayer CropScience, Monsanto, DuPont, Syngenta…), entreprises qui ont pour la plupart participé à différentes guerres (deuxième guerre mondiale pour BASF, Bayer et DuPont, guerre du Vietnam pour Monsanto…). Outre le fait de produire des pesticides, elles oeuvrent notamment dans les biotechnologies (plantes transgéniques (ou OGM), plantes issues de la mutagenèse), les médicaments, la pétrochimie… etc. 

Les effets sur l’environnement

D’après plusieurs études et analyses, il y a des résidus de pesticides de synthèse partout dans l’environnement : on en trouve à la fois dans les eaux de surface et dans les eaux souterraines, dans l’air, les eaux de pluie et les brouillards (on estime que, lors de leur pulvérisation, 25 à 75 % des quantités pulvérisées de pesticides partent dans l’atmosphère), dans les habitations et, bien évidemment, dans les différents organismes vivants (sachant que, plus on remonte la chaîne alimentaire, plus les pesticides les plus rémanents se concentrent : ainsi, chez l’être humain, on en trouve dans les tissus adipeux, le cerveau, les urines, le sang, le lait maternel, le sperme, le foie, le placenta, le cordon ombilical et les fœtus).

- Non contents d’éliminer les espèces visées, les pesticides agissent directement sur le reste de la biodiversité en tuant sans distinction une quantité d’espèces végétales, de nombreux insectes et autres arthropodes auxiliaires (insectes prédateurs, insectes pollinisateurs, araignées, cloportes, myriapodes…), des lombrics et des micro-organismes se trouvant dans la terre et participant à l’équilibre et à la fertilité de cette dernière (bactéries, champignons, algues…). À cet égard, on peut citer le rôle qu’auraient certains insecticides systémiques (qui pénètrent dans les tissus de la plante et sont véhiculés par la sève) dans la chute brutale du nombre de colonies d’abeilles domestiques depuis ces vingt dernières années.
- Ils éliminent également directement ou pas de nombreux prédateurs d’insectes et de mollusques (hirondelles, chauve-souris, reptiles, amphibiens, hérissons…).
- Les scientifiques ont par ailleurs montré que les pesticides pouvaient aussi avoir un impact chronique sur les populations animales (malformations, baisse de la fertilité, féminisation…). 

Chez l’être humain, les cas d’intoxications répertoriées sont légion.
- Sur un million de cas d’intoxications aiguës se produisant chaque année (suite à la manipulation de ces produits par des agriculteurs et leur entourage) , 220 000 personnes décèdent (d’après l’OMS).
- Concernant les intoxications chroniques, on répertorie des atteintes dermatologiques (rougeurs, urticaire, lésions…), neurologiques (irritabilité, dépression, troubles hallucinatoires…), du système cardiovasculaire (palpitations, trouble du rythme cardiaque), du système respiratoire (bronchite, rhinite…), des fonctions sexuelles (infertilité)…

Cependant, les autorisations de mise sur le marché étant beaucoup plus promptes que les études sérieuses sur l’impact de ces produits (profit oblige), on ne sait encore que peu de choses sur les conséquences possibles de l’usage massif et prolongé des pesticides sur l’environnement, et, plus particulièrement, de l’action synergique des pesticides entre eux ou avec d’autres polluants et composés présents dans la nature.
Néanmoins, on soupçonne très fortement les pesticides d’être liés au développement actuel de certaines pathologies chroniques (cancers, maladies de Parkinson et d’Alzheimer…) et d’allergies. On pointe notamment du doigt le rôle de perturbateur endocrinien que certains pesticides peuvent jouer, en induisant des problèmes de fœtus (handicap, retard de croissance, avortement spontané, malformation, féminisation…) et en participant à la baisse globale de la fertilité masculine (les concentrations du sperme en spermatozoïdes diminuent régulièrement chez l’homme depuis soixante ans).

Notons par ailleurs que, si ce sont essentiellement les pesticides de synthèse qui sont incriminés pour leur haute toxicité, certains pesticides naturels (autorisés en agriculture biologique) n’en demeurent pas moins néfastes pour l’environnement (oxychlorure de cuivre, bouillie bordelaise, roténone…) et sujets également à controverse.

Les alternatives

Fort heureusement, les pesticides de synthèse peuvent être largement remplacés par des produits naturels générant un impact beaucoup plus ciblé et une persistance très faible dans l’environnement, et, surtout, par des méthodes culturales respectueuses se calquant sur l’équilibre des écosystèmes :

- usage de plantes en infusion, décoction, macération, purin, huiles essentielles… pour leur propriétés insectifuges, insecticides, fongicides et stimulantes (pyrèthre, prêle, ortie, consoude, ail, tabac, absinthe, fougère, tanaisie, romarin, tomate, menthe, algues marines, huile de neem, huile de colza…)

- usage de produits minéraux et autres, tels que : soufre (fongicide, contre les acariens), propolis (fongicide, insectifuge), lithothamne (insectifuge), orthophosphate de fer (contre les limaces), lait de vache (fongicide, stimulant), savon noir (insecticide), charbon de bois (fongicide), argiles (fongicide, insectifuge, stimulant…)

- lutte biologique [lâcher d’insectes prédateurs ou parasites (coccinelles, chrysope, hyménoptères…), introduction de bactéries pathogènes (bacillus thuringiensis), de champignons (trichoderma viride), d’acariens, de nématodes… etc., avec cependant des réserves quant à l’impact que peut avoir l’introduction artificielle d’espèces dans un milieu donné]

- moyens physiques [pièges (phéromone, couleur…), dispositifs effaroucheurs (épouvantails…), infrasons, filets protecteurs…]

- association de plantes pour leur vertu attractive, répulsive ou protectrice contre certains insectes indésirables ou certaines maladies, ainsi que pour leur qualité d’hôte de nombreux auxiliaires

- plantation de haies qui sont une réserve indéniable de biodiversité, afin d’équilibrer le milieu

- rotation des cultures avec des assolements variés et complémentaires (engrais verts, légumineuses...), limitant fortement les adventices et les risques de développement de maladies et de ravageurs

- paillage du sol  afin d’empêcher notamment les adventices de se développer

- mise en culture de variétés résistantes aux maladies et adaptées aux terroirs

Conclusion

En prenant le problème plus en amont, on remarque que l’usage immodéré et destructeur des pesticides est induit par le type d’agriculture pratiquée, elle-même étant le fruit d’une société donnée.

L’agriculture « conventionnelle » (qui n’a en fait que soixante ans seulement) propose de standardiser, de spécialiser et de motoriser à outrance les exploitations. Ce modèle productiviste, qui a conquis les pays du nord comme du sud après la seconde guerre mondiale, nie tout bonnement l’équilibre naturel et tente de maîtriser l’environnement par la force technique, afin de générer (soi-disant) le maximum de rendement et, donc, de profit.
En effet, la monoculture issue de ce modèle (culture d’une seule et même espèce végétale au même endroit pendant plusieurs années de suite) favorise énormément le développement de maladies et d’insectes ravageurs, et requiert donc l’usage massif de pesticides. En conséquence de quoi, on note l’apparition croissante de souches d’espèces animales et végétales résistantes aux pesticides employés à leur encontre (amarante, doryphore, puceron…), résultat de l’adaptation rapide de ces espèces aux produits donnés.
Parallèlement, on observe également une récente stagnation (voire baisse) des rendements agricoles actuels, l’érosion des terres arables, la perte du savoir-faire traditionnel adapté à chaque terroir, l’exode rural, le chômage et l’immigration des paysans les plus pauvres, la métamorphose des paysans en simples « exploitants agricoles », la suprématie de très grosses exploitations qui englobent petit à petit tous leurs concurrents, l’accès des consommateurs à seulement quelques variétés uniformes de fruits, légumes et céréales…

Autant de signes qui ne trompent pas sur la nécessité impérative pour l’agriculture de changer de voie. Ce que l’on commence à faire de plus en plus avec le développement de l’agriculture biologique de par le monde, et avec l’expérimentation et la diffusion de techniques alternatives mêlant des méthodes modernes et ancestrales (agriculture biodynamique, agroécologie, agriculture sauvage, agroforesterie, permaculture…).



Sources

Sites internet :

Générations Futures (www.mdrgf.org)
Wikipédia, l’encyclopédie libre (fr.wikipedia.org)
Observatoire Régional de l’Environnement (http://www.observatoire-environnement.org)

Livres :

Pucerons, mildiou, limaces… de Jean-Paul Thorez (éditions Terre Vivante)


Pour en savoir plus

Livres :

Le testament agricole de Sir Albert Howard (1940)
Printemps silencieux de Rachel Carson (1962)
La révolution d’un seul brin de paille de Masanobu Fukuoka (1975)
Permaculture 1 de Bill Mollison et David Holmgren (1978)
Pesticides – le piège se referme de François Veillerette (2002)
Pesticides – révélations sur un scandale français de Fabrice Nicolino et François Veillerette (2007)
Les plantes malades des pesticides de Francis Chaboussou (2011)
Famine au sud malbouffe au nord de Marc Dufumier (2012)

Films :

Herbe de Matthieu Levain et Olivier Porte (2009)
Le temps des grâces de Dominique Marchais (2009)
Notre poison quotidien de Marie-Monique Robin (2010)
Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau (2010)
La révolution des sols vivants de Perrine Bertrand et Yan Grill (2011)
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